Anorexie masculine recherches

Dossier de psychologie sur l’Anorexie Masculine

 

Nouvelle écrite par Nicolas

Océan perdu

Marty aimait beaucoup son travail de maître nageur. Mais ces temps-ci, bizarrement, le poids des années commençait à lui peser. Il lui arrivait de plus en plus fréquemment de se regarder dans le miroir, se demandant si son reflet était bien le sien ; celui d’un homme de plus ou moins trente ans, blond, les yeux aussi bleus qu’un ciel d’azur dénué de nuages. Sa jeunesse et sa minceur – très marquée pour son âge -, attiraient de nombreux regards masculins et féminins, mais aussitôt ceux-ci se détournaient, frappés par la tristesse et la souffrance qui semblaient toutes deux prisonnières de cet océan de solitude, pareilles à des sirènes dont les amants seraient restés à terre ; pour toujours.

La vie n’avait pas été facile pour lui, surtout son enfance ; théâtre d’un sombre drame dont les rideaux, vieux et sales, ne sont toujours pas tirés. Dans son esprit, il lui arrive encore d’entendre les rires moqueurs et les insultes du jeune public, venu admirer le phénomène de foire qu’il était alors : un gosse de quatorze ans dopé par le vertige d’une faim quotidienne : une drogue dure qui, bien trop tôt, lui avait pris la plus grande richesse qu’un homme au cœur pur se doit de ne jamais oublier : l’insouciance de l’enfance ; la mémoire de moments joyeux et innocents passés trop rapidement, comme balayés à jamais par le tic tac des heures écoulées.

Ce tic tac, il l’entendait tous les jours, dès son lever, puis partout durant la journée. « Les gens sont tellement pressés », pensa-t-il. « Certains sont pressés de vivre, d’autres… de mourir. » Cette réflexion fit soudain jaillir en lui le souvenir d’un évènement survenu au cours de sa maladie. Il avait failli mettre fin à ses jours, purement et simplement. La scène se passait dans la salle de bain de ses parents et sa main droite tenait un couteau tranchant, posé sur une des ses veines, saillante et chaude. L’envie irrépressible de tirer un trait rouge sur sa vie ratée avec, enfuie au plus profond de lui, cette incertitude que ce soit la bonne chose à faire ; la voie de la sagesse. Il avait beaucoup pleuré ce jour-là, seul dans son coin, en proie à un mal destructeur et terrifiant ; un abîme noir dans lequel une chute durerait éternellement. Le désir de vivre malgré tout avait été le plus fort. Il s’était persuadé en son for intérieur que le meilleur serait à venir, paré d’un beau manteau aux lumières vives et attirantes – et donc visibles de très loin ; là où se trouvait Marty en ce jour funeste. Là où il se trouvait encore aujourd’hui, rêvant sa vie d’homme au lieu de pleinement la savourer.

Seul, plongé dans le silence nocturne de sa chambre d’hôtel parisienne, Marty, à peine sorti de sa douche, dérivait sur son petit nuage… Pendant son temps libre, il aimait écrire des poèmes – mélancoliques, pour la plupart – et imaginer plein de choses merveilleuses, associant une multitude d’idées différentes pour un résultat parfois surprenant, à la limite de la réalité. Il avait un talent rare, mais paradoxalement il n’aimait pas le montrer, ayant trop peur d’être jugé plus durement qu’il ne fallait, une fois de plus. Une fois de trop.

Il dérivait, mais cette fois son rêve lui paraissait incroyablement réel, presque palpable. Une forme se dessinant sur le miroir ovale ; une femme ou un homme. Un être humain en tout cas, étrangement familier ; comme s’il s’agissait d’un vieil ami, perdu puis retrouvé. Une main se tend vers lui et il hésite… C’est si rare qu’on lui tende la main ! Le contact est si froid, glacé… Le verre semble tout à coup vouloir se tordre et à cet instant, il ferme lentement les yeux. La douceur inconnue qu’il ressent à ce moment-là est telle que des larmes lui coulent sur les joues, jusqu’à ses lèvres. La saveur légèrement piquante lui rappelle ce délicieux weekend passé à Oléron, l’eau de mer qu’il avait bue exprès pour désobéir à ses parents, la nausée qui lui avait retourné l’estomac… et son vomissement salvateur ; non forcé celui-là. « Le dernier avant la tempête », l’informait sa mémoire…

Ce fût la première nuit paisible de Marty ; depuis longtemps. Le lendemain, par contre, nul ne sût ce qu’il était advenu de lui. On le chercha partout, chez ses parents et rares amis, à la piscine, mais Marty resta introuvable. Deuxième fait étrange, une flaque d’eau salée gisait par terre devant le miroir embué de sa salle de bain. Sur ce dernier, bien lisible, écrit avec les doigts de la main, un simple mot : « Océan ».

Dans : Non classé
Par nicool152
Le 16 mai, 2009
A 21:33
Commentaires : 4
 

4 Commentaires

  1.  
    nicool152
    nicool152 écrit:

    Bonjour à tous et toutes, j’espère que cet écrit vous plaira. Désolé pour la qualité du copier/coller qui laisse un peu à désirer!:)

    Merci à toi, Sandrine, pour ta générosité. Cette nouvelle t’est dédiée, avec toute mon amitié.

  2.  
    nicool152
    nicool152 écrit:

    Bon, ben apparemment, le « copier/coller » s’est bien rétabli…:)Maintenant on peut la lire sans se faire mal aux yeux!^^

  3.  
    drinou
    drinou écrit:

    Nouvelle qui laisse l’esprit vagabonder pour la fin.
    Bravo pour ce texte Nicolas !

  4.  
    nicool152
    nicool152 écrit:

    Oui, à chacun d’imaginer la sienne. La mienne, je la garde pour moi!:)

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